Ici le klaxon a beaucoup de rôles. Celui qu'on entend souvent c'est le coup de klaxon qui veut dire "attention les gars, vous et moi, là, ça va pas passer, alors rangez vous vite!".

Il y a aussi le coup de klaxon qui prévient le mec d'en face qu'il va falloir jouer serrer pour que tout le monde passe. A ce moment, tout le monde se déplace suffisamment pour que les voitures puissent se croiser. En Iran il n'y a rien d'étonnant à se croiser à 3 voitures sur une deux voies.

On a aussi le coup de klaxon qui veut dire "bonjour!" et là on va du klaxon type paquebot de "la croisière s'amuse" qui nous explose les oreilles, à celui type manège à sensation.

Enfin, le klaxon remplace efficacement le rétro, vu que personne ne regarde dedans. Quand un taxi sort de sa place de parking le mec qui va l'emboutir klaxonne pour le prévenir qu'il arrive et le taxi retente 3 secondes après. Si ça ne klaxonne pas c'est qu'il n'y a personne. Pas con ! Le problème c'est qu'on n'a pas de klaxon pour prévenir qui que ce soit alors on essaie d'avoir les yeux partout. Au début c'était l'horreur mais maintenant on est à l'aise pour traverser les villes.
Il y a des journées difficiles dans ce voyage et d'autres qui ne sont que du plaisir. Ces deux jours font partie de la deuxième catégorie.
Le 5 on visite le mausolée de Safi al din (dynastie Safavide) et je rencontre une Iranienne qui a très envie de communiquer avec un étranger. C'est d'ailleurs comme ça depuis notre entrée en Iran. Chaque pause pour chercher de l'eau à une station, acheter du pain ou pour demander notre chemin ameute rapidement une dizaine de personnes qui veulent toutes avoir "leur petit bout de Français". Chacun veut notre attention et les 3 mots d'anglais qu'ils connaissent sont invariablement prononcés avec un très fort accent Iranien. La traversée de l'Iran est ponctuée de coup de klaxonne et de "Hello hello!" de toute part.
Revenons sur notre Iranienne qui me donne quelques explications sur le Mausolée, me demande ce que je pense de l'Iran et de l'image de l'Iran dans le monde. Elle m'a d'ailleurs demandé de passer le message suivant "à la France, voir à l'Europe toute entière": "les Iraniens ne sont pas des terroristes et les gens sont gentils".
Et oui, les Iraniens souffrent beaucoup de l'image de l'Iran dans le monde et considèrent que cette image ne leur ressemble pas. Ils ont raison. Les Iraniens sont accueillants, ont le sourire facile et adorent rencontrer des étrangers. Il s'agit (dans mon ressenti) d'un pays sans danger. Je me sens plus en sécurité ici qu'en France, à la ville comme à la campagne.
La jeune fille et sa mère nous proposent de séjourner dans leur famille à Tabriz mais qui se trouve à 300 km dans le mauvais sens. Dommage.

Le mausolée de Safi al din

Ce n'est pas tout de rentrer dans une grande ville comme Ardabil, il faut aussi en ressortir. De nouveau un Iranien vient nous aider : il nous accompagne pendant quelques kilomètre en vélo afin de nous mettre dans la bonne direction.
La journée se poursuit tranquillement et le soir nous faisons la rencontre d'une famille en pic nic là où l'on pensait camper. Pendant qu'on réfléchit pour planter la tente de la manière la plus discrète (on aime bien notre tranquilité le soir) le père de famille vient vers nous avec des pâtisseries et nous invite à prendre le thé avec tout le monde.
On passe une bonne heure ensemble et on se quitte heureux de cette nouvelle rencontre.



Toute la "petite" famille

Le lendemain nouvelle rencontre mais avec des policiers. Je vois Cédric au loin en train de discuter avec eux et je commence à m'inquieter mais lorsque je les rejoins je me rends compte que les policiers sont souriants. Après leur avoir expliqué notre voyage ils nous offrent le thé et du pain. Je leur demande combien de mètres fait le tunnel qui se trouve à 100 m de nous et je tique quand il nous dit qu'il fait 800 m. Les tunnels, c'est toujours dangereux en vélo et en Iran plus qu'ailleurs. En voyant notre réaction ils se proposent de nous escorter dans le tunnel, ce qu'ils font en nous suivant avec leurs warnings.
La suite de la route n'est que du bonheur avec une grosse descente à 50 km/h direction la Caspienne.
Nous plantons la tente le soir sur la plage.


Ca sent les vacances.


Petite bière (sans alcool évidemment!) après la baignade.




Depuis que nous sommes entrés en Iran nous dormons sous la tente dans la montagne. Nous décidons de faire une petite pause de 2 jours à Orumieh afin de visiter une ville "historique" Iranienne.
Autant le dire franchement, c'est pas folichon. Beaucoup de voitures, de bruit et aucune cohérence dans les habitations.
Pour le côté historique, nous visitons le bazar, deux mosquées et une église.


Le deuxième jour je rencontre Vani, 22 ans, étudiant en médecine, avec qui je discute un bon moment. Il nous propose de dormir chez ses parents. Cédric n'est pas trop interessé. Il se méfie. Pour ma part ça me tente bien de dormir chez des Iraniens mais je me fie à son expérience du voyage et je refuse. Finalement c'est dommage vu qu'on passe une bonne soirée Vani et moi dans les rue de Orumieh. Il me propose de rester plus longtemps et qu'il pourra m'héberger plusieurs jours. Pour essayer de me convaincre de rester il me dit que si je reste on pourra aller à la fac demain et que je pourrais me trouver une copine Iranienne! :-) Elles sont d'ailleurs très jolies.
Je me rends compte que beaucoup de jeunes filles utilisent le foulard (obligatoire dans la rue) plus comme un accessoire de beauté que comme un moyen de se cacher.

Nous rentrons Vani et moi chez des marchands de Tapis. Le talent Perse n'est pas usurpé.


La route de Dogubayazit à la frontiere Iranienne est assez fatigante nerveusement. Plusieurs fois de jeunes bergers se mettent en travers de la route pour nous demander de l'argent. On se croirait dans un Western de Sergio Leone. A chaque fois le scenario est le même: 3 silhouettes au loin, deux de chaque côté et un au milieu, des bâtons à la main. Ce sont à chaque fois des gamins. Je pense que le phénomène est dû à des touristes qui ont cru bêtement bien faire en donnant leur petite monnaie Turque avant de rentrer en Iran.

Le passage de la frontiere se passe bien. La police prend nos empreintes digitales et nous laisse continuer notre route.

Le soir nous rencontrons un berger, son fiston, ses moutons et ses chiens. Nous restons ensemble un bon moment à ne pas se comprendre mais à échanger. Difficile à expliquer mais quelque chose passe entre nous.

Notre ami le berger, son fils et Cédric

Au moment de partir le berger nous embrasse trois fois puis demande à son fils de nous baiser les mains. Quand il se penche nous lui embrassons le crâne. C'est bon. Le rituel a été respecté. Notre ami nous laisse là, à notre tente, pendant qu'il repart doucement avec ses moutons. Un peu plus tard nous le voyons réapparaître. Il a cueilli du romarin qu'il nous offre.

Un doux premier moment en Iran.
En quittant Erzurum nous rentrons dans une nouvelle Turquie. Voici quelques notes de mon journal :
  • 25 mai: Ici il y a une certaine présence militaire et les visages sont plus durs, plus fermés. On a eu aussi les premiers "Money ! Money !" de personnes qui demandent de l'argent et quelques caillous jetés par des gamins. Je ressens une agressivité latente chez beaucoup de jeunes que l'on croise.
  • 26 mai: Encore une longue journée de vélo dans ce Kurdistan, ces oubliés de la croissance Turque. La présence militaire se fait plus forte : on a eu un contrôle à un barrage et nous avons croisé quelques camps militaires avec mitraillettes lourdes et blindés. Les villages sont beaucoup plus miséreux qu'avant et les gamins moins gais. La Turquie est en guerre et nous traversons une de ces zones où les deux fléaux guerre et pauvreté s'entretiennent mutuellement
Pour rassurer tout le monde, nous sommes dans la partie Turque du Kurdistan la plus tranquille. Ca chauffe beaucoup plus vers la frontière Irakienne.


Les villages Kurdes ont des allures de bidonville.

Le 26 mai nous rencontrons deux autres voyageurs en vélo : Chris et Adam. Chris est Anglais et Adam Australien. Nous passons une bonne soirée ensemble à discuter.



Le lendemain nous décidons de continuer ensemble jusqu'à Dogubayazit qui se trouve à 30km de la frontière Iranienne. Nous y passerons la nuit dans un hôtel. Le passage de la frontière est prévu pour le 28.


Chris, Adam et Cédric devant le mont Ararat (5165).
Nous sommes arrivés la veille. J'étais complétement cuit et les deux nuits de récupération à l'hôtel vont me faire du bien.

Erzurum se trouve à 1950 mètres d'altitude et est connu pour ses 40 000 étudiants et sa station de ski ouverte 9 mois dans l'année ! Elle est malheureusement aussi connue comme centre de déportation et d'extermination lors du génocide Arménien (1915-1916: 1 million de morts).
Nous visitons la ville qui contient quelques vestiges historiques.



L'ecole coranique aux Minarets Jumeaux (Çifte Minareli Medrese)
qui date du XIIIe siècle de style seldjoukide.


L'ecole coranique Yakutiye (Yakutiye Medrese). Des deux minarets d'origine, seules subsistent la base de l'un et la partie inférieure de l'autre. Ce sont les Mongols qui l'ont érigée en 1310, mais l'influence des Turcs seldjoukides, leurs prédécesseurs, se remarque dans l'architecture, notamment au niveau du portail et de sa décoration.

Le portail de l'Ecole coranique Yakutiye

J'allais oublier ! Je me suis coupé les cheveux à Erzurum. Fallait que je gagne du poids :-)


Avant et après. Ouı, moi aussı ca m'a fait bizarre...
Les trois journées se ressemblent beaucoup avec chaque jour le passage d'un col, une bonne descente et pas mal de kilomètres parcourus. On fait 3550 mètres de dénivelé pendant ces trois jours et 240 kms. Je suis très fatigué. Cédric de son coté trouve que je fais trop de pauses, qu'il attend trop longtemps en haut des cols, que je n'avance pas assez vite. Bref il a du mal à s'adapter à mon rythme qui ne lui convient pas. Évidemment, pour avancer autant, alors que je n'ai pas pu faire de sport pendant 1 mois 1/2, je donne tout ce que j'ai. Je finis les cols à la volonté.
Après une discussion on décide de passer deux nuits à Erzurum à l'hôtel ce qui me permettra de récupérer.

Un petit mot sur les turcs toujours aussi accueillant...
Ici le voyageur est plus considéré comme un hôte que comme un touriste. On nous propose plusieurs fois par jour de boire le thé, on nous offre des gâteaux, on nous souhaite la bienvenue. Si on recherche un endroit il y aura toujours un Turc pour prendre de son temps pour nous aider à trouver ce que l'on cherche. Tout cela sans arrières pensées. Je pense que nous avons beaucoup à apprendre d'eux.

La Turquie est un pays très montagneux.

Le paysage est superbe mais le temps ...

... nous offre au moins une averse par jour.

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